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tibet

  • Sven Hedin

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    Helge Morgengrauen :

    Sven Hedin : explorateur des immensités centre-asiatiques

    A l’occasion du 150ème anniversaire de sa naissance

    Sven-Hedin_1652.jpegSven Hedin est né le dimanche 19 février 1865 au sein d’une  famille bien en vue de la bourgeoisie de Stockholm, descendant de lignées paysannes du centre de la Suède mais qui comptait aussi, parmi ses ancêtres, un rabbin de Francfort-sur-l’Oder. Le père de Sven Hedin était un architecte très actif, qui a connu le succès tout au long de sa carrière. La famille « vivait simplement, sans prétention, en ses foyers régnaient calme et tranquillité, confort et bonheur », écrira plus tard son célèbre fils.

    Ce fils exceptionnel a reçu les prénoms de Sven Anders et, très tôt, il savait déjà qu’il deviendrait un explorateur. Tout au début de son rêve, il admirait les explorateurs polaires, surtout son compatriote Nordenskiöld qui fut le premier à maîtriser le passage du Nord-Est, soit la voie maritime dans l’Océan Glacial Arctique qui longe les côtes septentrionales de l’Europe et de l’Asie. C’est Nordenskiöld que le jeune Sven Hedin voulait imiter.

    Plus tard, dans les années 1880, le jeune homme, à l’approche de ses vingt ans, part pour la première fois en Asie. Il est d’abord, pendant quelques mois, précepteur dans une famille suédoise. Il avait déjà appris le russe, la langue persane et celle des Tatars. Quand sa tâche de précepteur prit fin, il utilisa l’argent gagné pour faire un long voyage à travers la Perse, la Mésopotamie et le Caucase. Cet enfant, né un dimanche, avait parcouru plus de 3000 km dans des déserts, des montagnes enneigées, avait traversé lacs, mers et fleuves, avait utilisé soixante chevaux sur les chemins les plus dangereux sans subir le moindre dommage, sans avoir été dépouillé par des bandits, sans être tombé malade. Sven Hedin, en effet, avait une constitution de fer : le succès de son voyage le prouvait ; plus tard, cette santé n’allait jamais le trahir. Revenu en Suède, il relate ses voyages dans un livre, qui parait en 1887 et compte 461 pages : encore aujourd’hui, la lecture de cet ouvrage demeure captivante. Sven Hedin avait une santé de fer, bien d’autres dons, mais aussi et surtout celui d’écrire.

    Quelques années plus tard, il participe, au titre de vice-consul, à une mission diplomatique suédoise, que le Roi Oscar II envoie au Shah de Perse. Cette mission ne dure qu’un an mais, au cours de cette année en Perse, Hedin escalade le Demawend, la plus haute montagne de Perse (5610 m). Dès son retour, il rédige une thèse sur ce massif montagneux iranien et obtient ainsi le titre de docteur en 1892 à l’Université de Halle an der Saale en Allemagne. Ensuite, un livre tout public, intitulé « Durch Khorassan und Turkestan » (« A travers le Khorassan et le Turkestan »), rend compte de ce voyage.

    Sven Hedin avait trouvé sa voie. Dans les années qui suivirent cette première mission en Perse, il organise quatre expéditions en Asie centrale qui, chacune, dureront parfois plusieurs années et lui procureront une gloire internationale. La première de ces expéditions, de 1893 à 1897, parcourt l’Asie centrale : Hedin explore la chaîne du Pamir, dans la région frontalière actuelle qui sépare l’Afghanistan, la Chine, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Il ne parvient toutefois pas à escalader jusqu’au sommet une montagne de cette chaîne qui dépasse les 7000 m. Il traverse aussi le désert du Taklamakan, où il est presque mort de soif : il relatera ultérieurement cette expédition dans un livre très poignant, « Abenteuer in Tibet » (« Aventure au Tibet »). De fait, Hedin s’était avancé très profondément dans le territoire tibétain, encore inconnu des Européens.

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    Deux ans après cette première expédition, en 1899, Sven Hedin s’embarque pour un nouveau long voyage qui durera jusqu’en 1902. Dans le cadre de cette nouvelle expédition, il voyage 2000 km sur fleuve le long de la chaîne du Tarim et découvre le secret naturel de la « mer mouvante », le Lop Nor. Il essaie en vain d’atteindre la capitale Lhassa. De 1905 à 1909, une troisième expédition le mènera dans plusieurs régions encore inconnues de l’Asie centrale. Il traverse le désert du Kevir et parcourt, en tout et pour tout, huit fois les pistes transhimalayennes dans une région montagneuse qui recevra plus tard son nom. Il explore également les régions aux sources des fleuves Bhramapoutre et Indus.

    Lorsque Sven Hedin entreprend en 1926 sa dernière expédition, la plus longue de sa carrière, il a presque 61 ans : l’enthousiasme, le désir de découvrir et d’œuvrer au bénéfice des sciences géographiques, ne l’a toujours pas quitté. Cette dernière expédition va durer neuf ans ! Dans le cadre de ce très long voyage, il doit vérifier, pour le compte de la Lufthansa allemande, quelles pourraient être les voies aériennes pour accéder à l’Extrême Orient.

    Dans la foulée, Hedin dirige ce que l’on appelait à l’époque, l’ « Université itinérante » (« Die wandernde Universität ») et recherche également, pour un Américain, une lamasserie pour qu’on puisse la reproduire pour une exposition universelle devant se dérouler à Chicago. De plus, pour le compte du gouvernement chinois, il examine les possibilités de tracer des voies de communication terrestres dans le Sin-Kiang.

    Tous ses voyages ont été relatés dans de nombreux ouvrages. Sven Hedin a également été l’auteur de livres populaires, que les non scientifiques aujourd’hui, liront encore avec beaucoup de plaisir. Parmi ces ouvrages à destination du grand public, nous en trouvons plusieurs rédigés pour les jeunesses suédoise et allemande, parmi lesquels « Abenteuer in Tibet », « Von Pol zu Pol » (« D’un Pôle à l’autre ») et « Meine erste Reise » (« Mon premier voyage »).

    Tout au long de sa vie, Hedin a été honoré, a reçu plusieurs titres de docteur (dont ceux que lui ont octroyés les universités d’Oxford et de Cambridge). Il a rencontré personnellement de nombreuses têtes couronnées et des chefs d’Etat, ce qu’il raconte par ailleurs dans « Grosse Männer, denen ich begegnete » (« Les grands hommes que j’ai rencontrés »).

    Sven_Hedin's_gravestone_at_Adolf_Fredriks_kyrkogård,_Stockholm,_Sweden.jpgHedin était germanophile et ne s’en est jamais caché. Cette sympathie pour le Reich, il la conservera même après l’effondrement dans l’horreur que l’Allemagne a connu en 1945. On lui reprochera cette attitude, aussi en Suède et, évidemment, dans les pays victorieux. La rééducation, en Allemagne, fera que ce germanophile impénitent sera également ostracisé, en dépit de ses origines partiellement juives et de son esprit universel. Cet ostracisme durera longtemps, perdure même jusqu’à nos jours. Pourtant Hedin, qui avait la plume si facile, s’est justifié avec brio, en écrivant « Ohne Auftrag in Berlin » (« A Berlin sans ordre de mission »). Ses démonstrations n’ont servi à rien. Sven Hedin meurt, isolé, à Stockholm le 26 novembre 1952.

    Helge Morgengrauen.

    (article paru dans « zur Zeit », Vienne, n°8/2015 ; http://www.zurzeit.at ).