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Dictature du bien-être

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Guillaume FAYE:

La dictature du bien-être

archives: mars 1979

 

Aldous Huxley pensait avoir fait œuvre de fiction en situant son Brave new world au IIIe millénaire. Il est mort en constatant que la société sans souffrances et sans besoins insatisfaits était en passe de devenir la triste réalité de notre temps et que, comme dans son Brave new world, tout individu libre ou faisant preuve de quelque pensée originale était déjà considéré comme malfaisant par des masses conditionnées par ce que le socio-anthropologue Arnold Gehlen a appelé la dictature du bien-être. Car la religion du bien-être est bel et bien devenue dictature.

Cette volonté, partout affirmée, de satisfaire les désirs matériels et la soif de consommation des hommes de notre temps n’est du reste pas choquante en soi : elle est intrinsèquement liée à l’existence même de la fonction de production telle que la connaissent les sociétés d’origine indo-européenne. Mais dans le système de tripartition du monde indo-européen, tel que l’a dégagé Georges Dumézil, la fonction de production demeure impérativement subordonnée à la fonction guerrière et, surtout, à la fonction de souveraineté. Or le drame est que nous assistons à une inversion de ce rapport de subordination, que la société entière se trouve dominée par ces exigences consuméristes, et que l’économie s’est investie du pouvoir de résoudre tous les problèmes humains.

En réduisant tous les facteurs sociaux à l’économie, la société marchande fait de celle-ci l’instrument d’un développement global, motivé par une fausse conception du bonheur, mélange illusoire d’abondance matérielle et de loisirs plus ou moins organisés. Ce qui laisse croire qu’il n’existe que des besoins et des désirs matériels, que ceux-ci ne sont qu’individuels, toujours quantitatifs et toujours susceptibles d’être comblés. Certains patrons n’hésitent d’ailleurs pas affirmer que “l’entreprise fait le monde”. Pour Entreprise et progrès, qui se veut le “poil à gratter” du CNPF [ancêtre du MEDEF], les mutations de l’entreprise déterminent les mutations sociales, l’entreprise est le phénomène directeur de la société, phénomène auquel les Français auraient toutefois quelque peine à s’adapter en raison de leurs “tares culturelles” (sic).

Le pire est sans doute que la plupart des gens se laissent prendre à l’apparente générosité de ce totalitarisme économique. Les arguments de bon sens ne manquent pas. Valéry Giscard d’Estaing écrit : « Seules les économies de marché sont réellement au service du consommateur. Si on laisse de côté les idéologies pour ne considérer que les faits, force est de constater celui-ci : les systèmes économiques dont la régulation est assurée par une planification centrale offrent aux consommateurs des satisfactions incomparablement moins grandes en quantité et en qualité que ceux qui reposent sur le libre jeu du marché ». Mais au nom de la liberté individuelle d’accéder à la consommation de masse, ce totalitarisme diffuse un individualisme forcené — l’hypersubjectivisme dont parle Arnold Gehlen — qui décompose les groupes humains en détruisant les liens sociaux et organiques de leurs membres, en interdisant tout projet collectif, historique ou national.

Pourtant, à force de promettre le bonheur pour tous et tout de suite, le libéralisme marchand finit par engendrer des espoirs déçus et une ambiance d’insatisfaction collective. Le mythe égalitaire du bonheur obligatoire s’est ici couplé avec celui de la progression indéfinie du niveau de vie individuel, quelle que soit la prospérité des circuits économiques. Paradoxalement, chaque accroissement quantitatif de ce niveau de vie renforce l’insatisfaction psychologique qu’il était censé éliminer, provoquant dans le corps social une dépendance quasi physiologique à l’égard des désirs économiques, avec les multiples conséquences pathologiques qui en découlent. « La fausse libération du bien-être, écrit Pasolini, a créé une situation tout aussi folle et peut-être davantage que celle du temps de la pauvreté » (Écrits corsaires).

L’attente d’un progrès automatique et mécaniquement acquis rend les hommes esclaves du système et les dispense de faire preuve d’imagination et de volonté. La dictature du bien-être use les sensations et finit par user l’homme. Konrad Lorenz écrit : « Dans un passé lointain, les sages de l’humanité avaient déjà reconnu fort justement qu’il n’était pas bon pour l’homme de parvenir trop bien à son aspiration instinctive à atteindre au plaisir et à se soustraire à la peine ». Émoussé par l’habitude, le plaisir exige alors une surenchère permanente et entraîne à la perversion. Les consommateurs modernes veulent impatiemment avoir tout et tout de suite, mais cette hypersensibilité à la privation les rend en réalité incapables de goûter les joies de l’acquisition. Konrad Lorenz précise encore : « Le plaisir n’est que l’acte du consommateur. La joie est le plaisir de l’acte créateur ».

Arnold Gehlen a nommé pléonexie cette aliénation psychologique par laquelle la satisfaction d’une revendication égalitaire provoque un surcroît de désir égalitaire. Et il a nommé néophilie cette incapacité profonde des mentalités soumises à l’esprit marchand à se satisfaire d’une situation acquise. Ce qui conduit le système à entretenir un état de rebellion permanent, d’autant plus vif que cette insatisfaction paraît toujours plus insupportable. C’est une spirale sans fin. La hausse indéfinie du niveau de vie, promise et revendiquée dans n’importe quelle conjoncture, est un facteur de crise, tant et si bien qu’à la limite, cette dictature du bien-être menace le système même qui l’a engendrée tout en aliénant toujours plus profondément ses sujets.

Asservis au mythe égalitaire du bien-être, les consommateurs sont en effet en voie de domestication rapide. L’éthologie nous a enseigné l’histoire du Sacculina carcini, ce crabe d’apparence normale qui, dès qu’il se fixe en parasite sur un autre crabe, perd ses yeux, ses pattes et ses articulations pour devenir une créature en forme de sac — ou de champignon — dont les tentacules souples plongent dans le corps de l’animal parasité. « Horrible dégénérescence », s’écrit Konrad Lorenz qui ne peut s’empêcher d’observer déjà des « phénomènes de domestication corporelle chez l’homme ». Ainsi l’humanité s’est-elle engagée dans une voie qui la laisse survivre mais qui la prive de sensibilité, vers une sorte de Brave new world peuplé de parasites “vulgarisés”...

Cet asservissement mental aux bienfaits illusoires du progrès continu fabrique, selon Raymond Ruyer, des peuples courts-vivants. Repliés dans leur cocon douillet et préservés du monde extérieur, ces peuples s’accrochent à des valeurs à court terme et se contentent d’actes aux conséquences immédiatement et directement mesurables ou quantifiables, exprimées en valeurs économiques convenues. Ce qui conduit nos hommes d’État à se définir comme “de bons gestionnaires de l’affaire France”, assimilant ainsi le pays à une sorte de “société anonyme par actions-bulletins de vote”.

L’individu court-vivant n’envisage plus son héritage et son après-mort : sa descendance et sa lignée deviennent pour lui des concepts incompréhensibles. Il gère au jour le jour son destin étroit et limité, se contentant de rendre des comptes sur ses activités aux gestionnaires placés plus haut que lui. Il navigue à vue, calculant même — grâce aux nouveaux économistes à qui rien n’est impossible — le prix de son enfant jusqu’à sa majorité. L’affection, non mesurable, est ainsi remplacée par des liens contractuels.

Dans le Manifeste du Parti Communiste (1848), Karl Marx écrit :

« La bourgeoisie a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d’échange et, à la place des libertés si chèrement acquises, elle a substitué l’unique et impitoyable liberté du commerce (...) Elle force toutes les nations à adopter le style de production de la bourgeoisie, même si elles ne veulent pas y venir. Elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation, c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle forme le monde à son image ».

Comment mieux décrire les effets destructeurs, pour les cultures, de l’esprit marchand propagé par la bourgeoisie ? Ces cultures se trouvent ainsi réduites à de simples comportements de consommation et le seul langage admis est celui du pouvoir d’achat, potentiellement égal chez tous les peuples et sur toute la Terre. Cette volonté de diffusion d’un seul mode de vie menace à terme la richesse culturelle de l’humanité. De même que pour les marchands classiques, les frontières et les mœurs variées constituaient des obstacles intolérables, pour la société marchande, les différences ethniques, culturelles, nationales, sociales et même personnelles, doivent être inexorablement résolues. Le rêve universaliste d’un vaste et homogène marché mondial de la consommation annonce l’avènement de l'homo œconomicus.

Dépassant ainsi largement sa fonction de satisfaction des besoins matériels essentiels, l’économie est devenue le fondement même de la nouvelle “culture” universelle. Cette mutation a réduit l’homme à n’être plus que ce qu’il achète : pour employer un mot à la mode, il s’est réifié. Et Valéry Giscard d’Estaing de définir en ces termes son projet politique : « Promouvoir une immense classe moyenne de consommateurs ». Dictature du bien-être ? Dès 1927, Drieu La Rochelle nous mettait en garde :

« L’étouffement des désirs par la satisfaction des besoins, telle est l’économie sordide, découlant des facilités dont nous accablent les machines, qui viendra à bout de nos races. L’abondance de l’épicerie tue les passions. Bourrée de conserves, il se fait dans la bouche de l’homme une mauvaise chimie qui corrompt les vocables. Plus de religions, plus d’arts, plus de langages. Assommé, l’homme n’exprime plus rien » (Le Jeune Européen).

► Guillaume Faye, éléments n°28, 1979.

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L'économie n'est pas le destin

« Les seules réalités qui comptent pour notre avenir sont d'ordre économique », déclarait au cours d'un débat un ministre, qui est aussi, paraît-il, le meilleur économiste de France. « Je suis bien d'accord avec vous", lui répliquait l'adversaire politique qui lui était opposé, mais vous êtes un piètre gestionnaire et nous sommes plus forts que vous en économie ». Dialogue révélateur. Comme Nietzsche, sachons débusquer les faux savants sous le vernis des "spécialistes", osons déboulonner les idoles. Car la fausse science — la métaphysique aussi — de notre époque, et la première de ses idoles, c'est bien l'économie.

« Nous vivons dans des sociétés, note Louis Pauwels, pour lesquelles l'économie est tout le destin. Nous bornons nos intérêts à l'histoire immédiate, et nous bornons celle-ci aux faits économiques ». Notre civilisation, en effet, — qui n'est plus une "culture" — est fondée sur une conception du monde exclusivement économique. Les idéologies libérales, socialistes, ou marxistes, se rejoignent dans leur interprétation "économiste" de l'homme et de la société. Elles postulent toutes que l'idéal humain est l'abondance économique individuelle ; bien qu'elles divergent sur les moyens de parvenir à cet état, elles admettent unanimement qu'un peuple n'est qu'une "société", elles réduisent son destin à la poursuite exclusive de son bien-être économique, elles n'expliquent son histoire et n'élaborent sa politique que par l'économie.

Et c'est ce qu'au GRECE nous contestons. Nous rejetons cette réduction de l'humain à l'économique, cette unidimensionnalité de l'histoire. Pour nous, les peuples doivent d'abord assurer leur destin : c'est-à-dire leur durée historique et politique, et leur spécificité. L'histoire n'est pas déterminée ; et surtout pas par des rapports et des mécanismes économiques. La volonté humaine fait l'histoire. Pas l'économie. L'économie, pour nous, ne devrait être ni une contrainte, ni une théorie, mais une stratégie, indispensable, mais subordonnée au politique. Gérer les ressources d'une Communauté selon des critères d'abord politiques, telle est la place de l'économie.

Donc, entre les choix libéraux ou socialistes et nous, il n'y a pas d'entente concevable. Anti-réductionnistes, nous ne croyons pas que le "bonheur" mérite d'être un idéal social exclusif. Avec les éthologues modernes, nous pensons que les Comunnautés humaines ne survivent physiquement que si elles sont porteuses d'un destin spirituel et culturel. Nous pouvons même démontrer qu'à privilégier l'économie et la seule recherche du bien-être individuel, on aboutit à des systèmes tyranniques, à la déculturation des peuples, et à court terme, à... une mauvaise gestion économique. Car l'économie elle-même fonctionne mieux lorsqu'elle ne tient pas la première place, lorsqu'elle n'usurpe pas la fonction politique.

C'est pourquoi il y a une relève intellectuelle à prendre en économie, comme dans d'autres domaines. Une autre vision de l'économie, conforme aux défis contemporains, et non plus fondée sur des axiomes de bourgeois du XIXe siècle, ce sera peut-être l'ÉCONOMIE ORGANIQUE, objet de nos recherches actuelles. La révolte — au sens que Julius Evola donne à ce terme — s'impose contre cette dictature de l'économie, issue d'une domination des idéaux bourgeois et d'une hypertrophie d'une fonction sociale. Pour nous Européens de l'ouest, c'est une révolte contre le libéralisme.

« Notre époque, écrivait déjà Nietzsche dans Aurore, qui parle beaucoup d'économie est bien gaspilleuse ; elle gaspille l'esprit ». Et il était prophète : aujourd'hui, un Président de la République ose déclarer : « Le problème majeur de notre époque, c'est la consommation ». Le même, à ces "citoyens" réduits au rang de consommateurs, affirme qu'il souhaite la « naissance d'une immense classe moyenne, unifiée par le niveau de vie ». Le même toujours s'est félicité de la soumission de la culture à l'économie marchande : « La diffusion massive — ce mot lui est cher — de l'audiovisuel conduit la population à partager les mêmes biens culturels. Bons ou mauvais, c'est une autre affaire (sic) mais en tous cas pour la première fois les mêmes ».

Claire apologie de l'abaissement de la culture au trafic, par le chef de file des libéraux. Ainsi, le politique est-il ravalé au rang de la gestion, phénomène bien décrit par le politologue Carl Schmitt. La domination obsessionnelle des préoccupations économiques ne correspond pas, pourtant, à l'ancien psychisme des peuples européens. En effet, les 3 fonctions sociales millénaires des Indo-Européens, fonctions de souveraineté politique et religieuse, de guerre, et en troisième lieu de fécondité et de production, supposaient une domination des valeurs des 2 premières fonctions ; faits mis en lumière par G. Dumézil et É. Benveniste. Or, non seulement la fonction de reproduction se trouve aujourd'hui dominée par une de ses sous-fonctions, l'économie, mais celle-ci à son tour est dominée par la sous-fonction "marchande". De sorte que l'organisme social est, pathologiquement, soumis aux valeurs que secrète la fonction marchande.

Selon les concepts du sociologue F. Tönnies, ce monde à l'envers perd son caractère "organique" et vivant et devient "société mécanique". Il nous faut réinventer une "communauté organique". Ainsi le libéralisme économique et son corrolaire politique prennent-ils leur signification historique : cette idéologie a été l'alibi théorique d'une classe économique et sociale pour se "libérer" de toute tutelle de la fonction souveraine et politique, et imposer ses valeurs — ses intérêts matériels — en lieu et place de l'"intérêt général" de la Communauté toute entière. Seule la fonction souveraine et ses valeurs propres peuvent assurer l'intérêt général. La seule révolution a été celle du libéralisme, qui a usurpé la souveraineté pour le compte de la fonction économique, en revendiquant d'abord l'"égalité" avec les autres valeurs, prétexte à les marginaliser par la suite.

Selon un processus voisin du marxisme, le libéralisme a construit un réductionnisme économique. Les hommes ne lui sont significatifs que comme intervenants abstraits sur un marché : clients, consommateurs, unités de main d'œuvre ; les spécificités culturelles, ethniques, politiques, constituent autant d'obstacles, d'"anomalies provisoires" en regard de l'Utopie à réaliser : le marché mondial, sans frontières, sans races, sans singularités ; cette utopie est plus dangereuse que celle de l'égalitarisme "communiste" car elle est plus extrémiste encore, et plus pragmatique. Le libéralisme américain et son rêve de fin de l'histoire dans le même "way of life" commercial planétaire constitue la principale menace.

Ainsi désignons-nous clairement notre ennemi. Nous avons coutume de désigner par "société marchande" la société réalisée par l'idéologie libérale — on peut noter que le marxisme et le socialisme n'ont jamais réussi, eux, à réaliser leur projet égalitaire, la "société communiste", et apparaissent à ce titre moins révolutionnaires que le libéralisme, moins "réels". Cette "société marchande" nous apparaît-elle donc comme l'objet actuel et concret de critique et de destruction. Notre société est "marchande", mais pas spécialement mercantile. La République de Venise ou les Cités Hanséatiques vivaient d'un système économique mercantile mais ne constituaient pas des "sociétés marchandes". Donc le terme "marchand" ne désigne pas des structures socio-économiques mais une mentalité collective, un état des valeurs qui caractérise non seulement l'économie mais toutes les institutions. Les valeurs du marchand, indispensables à son seul niveau, déterminent le comportement de toutes les sphères sociales et étatiques, et même la fonction purement productive de l'économie.

On juge — et l'État au premier chef — d'un point de vue marchand de tout. Cela ne veut pas dire que domination marchande signifie "domination par l'argent" ; nous ne portons pas condamnation morale de l'argent et du profit d'un entrepreneur. Il faut admettre le comportement mercantile ou profiteur s'il accepte de se subordonner à d'autres valeurs. Il ne faut donc pas voir dans notre position une "haine de l'économie" ou un nouveau réductionnisme opposé au gain et à la fonction marchande en tant que tels. Nous ne sommes pas des moralisateurs chrétiens. Société marchande signifie donc société où les valeurs ne sont que marchandes. On peut les classer en 3 "figures" majeures : la mentalité déterministe, l'esprit de calcul, et la dictature du bien-être économique individuel. La mentalité déterministe, utile pour la seule activité marchande, vise à éliminer les risques et à minimiser les aléas. Mais, adoptée par l'ensemble d'une société et en particulier par les décideurs politiques et économiques, la mentalité déterministe devient un alibi intellectuel pour ne pas agir et risquer. Seul le marchand peut à bon droit, pour maximiser ses gains, subordonner ses actes à des déterminismes : lois du marché, conjonctures, courbes de prix, etc...

Mais le pouvoir politique, pas plus que l'économie nationale ne devraient, comme un marchand, se soumettre et se "laisser agir" par une rationalité excessive qui dispense de tout "jeu du risque". La société marchande se "gère" à court terme, sous l'hégémonie des "prévisions économiques" pseudo-scientifiques (l'industrialisation "inéluctable" du Tiers Monde, la mondialisation de la concurrence internationale, le taux de croissance des revenus et du PNB, etc...), mais paradoxalement ne tient pas compte des plus élémentaires des évolutions politiques à moyen terme : par ex. l'oligopole des détenteurs du pétrole.

Rien donc de moins "indépendantes" que les nations marchandes. Les gestionnaires libéraux vont "dans le sens" de ce qu'ils croient mécaniquement déterminé (car rationnellement formulé) en faisant l'économie de l'imagination et de la volonté.

Au siècle de la prospective, de la prévision statistique et informatique, on se laisse aller à court terme et l'on prévoit moins que les souverains des siècles passés. Tout se passe comme si les évolutions sociales, démographiques, géopolitiques n'existaient pas et n'allaient pas avoir d'effets majeurs. Toutes choses égales par ailleurs — selon la formule stupide des économistes libéraux — seules sont prises  en compte par les décideurs, les contraintes ou pseudo-prévisions économiques à court terme. La société marchande est donc aveugle. Soumise aux évolutions et aux volontés extérieures, parce qu'elle croit au déterminisme historique, elle rend les peuples européens objets de l'histoire.

Deuxième trait de la mentalité marchande : l'esprit de calcul. Adapté au marchand, cet esprit ne convient pas aux comportements collectifs. Hégémonie du quantifiable sur le qualifiable, c'est-à-dire sur les valeurs, prépondérance du mécanique sur l'organique, l'esprit de calcul applique à tout la grille unique de la Valeur économique. Nous ne pensons pas que l'"argent" soit devenu la norme générale : mais plutôt que tout ce qui ne peut pas se mesurer ne "compte plus". On prétend tout calculer, même le non-économique : on "programme" les points de retraite, les heures de travail, les temps de loisirs, les salaires, au même titre — mais bien avant — les enfants à naître. Il existe même un "coût de la vie humaine", pris en compte pour certains investissements. Mais tout ce qui échappe au calcul des coûts, c'est-à-dire précisément ce qui importe le plus, est négligé. Les aspects non chiffrables économiquement des faits socio-culturels (comme les coûts sociaux du déracinement résultant de l'immigration) deviennent indéchiffrables et insignifiants pour les "techno-marchands".

Même en économie, l'excès de calcul nuit : combien d'investissements utiles à long terme, mais qu'un calcul prévisionnel déclare non-rentables à court terme, sont abandonnés ? L'individu, sécurisé, "calcule" son existence, mais n'envisage plus son héritage, sa lignée. Les États, obsédés par la gestion à court terme, ne prennent en considération que les aspects "calculables" et chiffrables de leur action. Ces "managers" démagogues n'œuvrent que là où l'on peut "rendre des comptes" et surtout dans l'immédiat, au besoin en falsifiant quelques chiffres. Une région meurt-elle d'anémie culturelle ? Qu'importe si par le tourisme de masse, son taux de croissance est probant. Et, entre adversaires politiques, l'argument politique se réduit à des batailles de pourcentages.

Cette superficialité de la "gestion technocratique" (ersatz marchand de la fonction souveraine) peut même déboucher sur le "marketing politique", réduction de la politique au "management" commercial. Aujourd'hui, la France ou l'Allemagne, sont plus ou moins assimilées par leurs gouvernements à des Sociétés anonymes par action. La Maison France avec ses citoyens-salariés. Il va de soi, alors, que la politique extérieure et même la politique de Défense, soient dominées par des soucis de débouchés commerciaux immédiats. Même l'économie n'y trouve pas son compte puisque ce mercantilisme à court terme s'avère aléatoire et ne remplace pas une politique économique. Quand les Chefs d'État en visite deviennent des VRP, comme de vrais VRP, ils tombent sous la dépendance de leurs clients.

La société marchande peut se décrire enfin comme une "dictature du bien-être individuel" selon le terme d'Arnold Gehlen ; dictature, parce que l'individu, contraint d'entrer dans le système providentialiste de l'État, voit sa personnalité se désintégrer dans l'environnement consumériste. Paradoxalement, l'État-providence libérale essouffle l'initiative productive (charges sociales excessives) et décourage indirectement l'initiative individuelle. Assurés sociaux, salariés, chômeurs rémunérés : ils n'ont plus la maîtrise de leur destin. Immense mépris de son peuple par l'État-providence, le "monstre froid" de Nietzsche. Tyrannie douce. Comment s'étonner alors que l'on méprise un Souverain transformé en dispensateur d'aménités ? Le politologue Julien Freund parle à juste titre du dépérissement politique de l'État.

Le libéralisme opère un double réductionnisme : d'une part l'État et la société ne sont censés répondre qu'aux besoins économiques des peuples ; et ces besoins sont eux-mêmes réduits au "niveau de vie" individuel. Le libéralisme marchand s'interdit, en partie par intérêt, de juger si ces besoins sont souhaitables ou pas : seul comptent les moyens techniques à mettre en œuvre pour y répondre. D'où la prééminence politique du niveau de vie et par nécessité égalitaire : rêve bourgeois — et américain — de peuples nivelés et égalisés par le même niveau de vie. Les peuples et les hommes étant tous semblables pour un libéral, la seule inégalité subsistante est celle du pouvoir d'achat : pour obtenir l'égalité, il suffit donc de diffuser de par le monde le mode de vie marchand. Ainsi, voilà réconciliés miraculeusement (la main invisible d'Adam Smith) l'humanisme universaliste et les "affaires", la justice et les intérêts, comme l'avouait naïvement Jimmy Carter ; « Bible and Business ».

Les particularismes culturels, ethniques, linguistiques, les "personnalités", sont des obstacles pour la société marchande. Ce qui explique que l'idéologie moralisatrice des libéralismes politiques pousse à l'universalisme, au mixage des peuples et des cultures, ou aux diverses formes de centralisme. La société marchande et le modèle américain menacent toutes les cultures de la terre. En Europe ou au Japon, la culture a été réduite à un "mode de vie" (way of life) qui est l'exact inverse d'un style de vie. L'homme est ainsi chosifié, c'est-à-dire réduit aux choses économiques qu'il achète, produit, ou reçoit, selon le même processus (mais plus intensément encore) que dans les systèmes communistes. Sa personnalité se résorbe dans les biens économiques qui seuls structurent son individualité. On change de personnage quand on change de mode. Nous ne sommes plus caractérisés par nos origines (réduites au "folklore") ni par nos œuvres, mais par nos consommations, notre "standing". Dans le système marchand, les modèles civiques dominants sont le consommateur, l'assuré, l'assisté ; et non pas le producteur, l'investisseur, l'entrepreneur. Ne parlons même pas des types non-économiques : le juriste, le médecin, le soldat sont devenus des types sociaux secondaires.

La société marchande diffuse un type de valeurs quotidiennes nuisibles à terme au travail en tant que tel : vendre et consommer le capital semble plus important que de le constituer. Et rien de plus égalisateur que la fonction de consommation. Les producteurs, les entrepreneurs, se différencient par leurs actes ; ils mettent en jeu des capacités inégales. Mais consommer, c'est le non-acte auquel tout le monde, quelles que soient ses capacités, son origine, peut accéder. Une économie de consommation s'engage dans une voie inhumaine dans la mesure où l'homme est éthologiquement un être d'action et de construction. Ainsi, paradoxalement la haute productivité des industries européennes subsiste-t-elle malgré la société libérale marchande et non à cause d'elle. Pour combien de temps ? Il faut préciser que notre critique de la société marchande n'est pas un refus, bien au contraire de l'industrialisation ou de la technologie. La notion de communauté organique, que nous opposons à la société marchande, n'a rien à voir avec la "société conviviale" des néo-rousseauistes (Illich, etc...).

La technique est pour nous un acquis culturel européen, mais doit être considérée comme un outil collectif de puissance et de domination du milieu et non plus comme une drogue au service du bien-être. Donc nous ne partageons pas les critiques gauchistes à résonance biblique, sur la "malédiction de l'argent" et sur la "volonté de puissance" de la société contemporaine. La société marchande n'affirme aucune volonté, ni au niveau d'un destin global, ni même... d'une stratégie économique.

La conséquence de cette civilisation de l'économie sont graves pour le destin de notre espèce, et subsidiairement, pour notre avenir politique et économique. Konrad Lorenz voit dans l'"unité des facteurs de sélection", tous de nature économique, une menace d'appauvrissement humain. « Une contre-sélection est à l'œuvre, révèle Lorenz dans Nouvelle École, qui réduit les diversités de l'humanité et lui impose de penser exclusivement en terme de rentabilité économique à court terme. Les idéologies économistes, qui sont technomorphiques, font de l'homme une machine manipulable. Les hommes, unités économiques, sont de plus en plus égaux, comme des machines précisément ».

Pour Lorenz, la subordination des valeurs non économiques est une catastrophe, non pas seulement culturelle mais biologique. Le consumérisme constitue une menace physiologique pour les peuples. Lorenz, en médecin, parle de pathologie collective. Nous mourrons d'artériosclérose. La civilisation du bien-être économique nous pousse lentement, pour Lorenz, vers la mort tiède. Il écrit : « Hypersensibles au déplaisir, nos capacités de jouissance s'émoussent ». La néophilie, ce goût toujours insatisfait de nouvelles consommations, a, pour les anthropologues, des effets biologiques néfastes et mal connus. Mais qu'est-ce que la survie de l'espèce à côté de la hausse du prix des croissants au beurre ?  Bref, si personne n'envisage ces problèmes, nous, si.

Mort tiède, mais aussi déclin démographique. La dictature de l'économie a fait de nous Européens des peuples court-vivants selon l'analyse de Raymond Ruyer. Affairés à nos préoccupations économiques immédiates, nous sommes devenus objets et victimes de l'histoire biologique. Nos économistes ne sont sensibles au déclin démographique que parce qu'il compromettra le financement de la retraite. « Notre civilisation économiste, écrit Raymond Ruyer, est par essence anti-nataliste et suicidaire parce qu'elle est, par essence, anti-vitale, anti-instinctive ».

Mais la consommation de masse a aussi rendu la culture "primitive". Les marchands de biens de consommation détiennent un pouvoir culturel, qui s'exerce dans le sens d'un déracinement, et d'une massification égalitaire. Ce ne sont pas les consommateurs qui choisissent leur style de vie — mythe démocratique cher aux libéraux — mais ce sont des firmes marchandes qui créent des comportements de masse en détruisant les traditions spécifiques des peuples. Par le "marketing", bien pire que les propagandes politiques, on impose quasi-scientifiquement un nouveau comportement, en jouant sur le mimétisme des masses déculturées. Une sous-culture mondiale est en train de naître, projection du modèle américain. On orientalise ou on américanise à volonté. Depuis la fin de la première guerre mondiale, du "new-look" à la mode "disco", c'est un processus cohérent de conditionnement sous-culturel qui est à l'œuvre. Le trait commun : le mimétisme des comportements lancés par les marchands américains. De la sorte, l'économie est devenue un des fondements qualitatifs de la nouvelle culture, outrepassant largement sa fonction de satisfaction des besoins matériels.

Même sur le plan strictement économique, qui n'est pas, de notre point de vue, capital, l'échec du système marchand depuis quelques années est patent. Ne parlons même pas du chômage et de l'inflation, ce serait trop facile. Jean Fourastié note « l'indigence des sciences économiques actuelles, libérale ou marxiste », et les accuse d'usurpation scientifique. « Nous assistons, dit-il, surtout depuis 1973, à la carence des économistes et à l'immense naufrage de leur science ». Il ajoute : « les économistes libéraux ou socialistes ont toujours pensé que le rationnel seul permettait de connaître le réel. Leurs modèles mathématiques sont bâtis sur l'ignorance ou le mépris des réalités élémentaires ». « Or, dans toute science, l'élémentaire est le plus difficile. Il en vient à être méprisé parce qu'il ne se prête pas aux exercices classiques sur quoi les économistes universitaires se décernent leurs diplômes ». Fourastié conclut : « Notre peuple, nos économistes, nos dirigeants vivent sur les idées du XIXe siècle. Les impasses de la rationalité commencent à devenir visibles. L'homme vit à la fin des illusions de l'intelligence ».

Un récent Prix Nobel d'économie, Herbert Simon, vient de démontrer que dans ses comportements économiques ou autres, l'homme, malgré l'ordinateur ne pouvait pas optimiser ses choix et se comporter rationnellement. Ainsi, la "Théorie des Jeux et du Comportement économique" de von Neumann et Morgenstern, une des bases du libéralisme, se révèle fausse. Le choix raisonné et optimal n'existe pas. Herbert Simon a démontré que les choix économiques étaient d'abord hasardeux, risqués, volontaristes.

Ces illusions de l'intelligence ont fait subir aux libéraux de graves échecs ; prenons-en quelques-uns au hasard : Le système libéral marchand gaspille l'innovation et utilise mal la création technique. Ceci, comme l'avait vu Wagemann, parce que la comptabilité en terme de profit financier à court terme (et non pas en terme de "surplus" global) freine tout investissement et toute innovation non vendable et non rentable dans de courts délais.

Autre échec, aux conséquences incalculables : l'appel à l'immigration étrangère massive. Les profits immédiats, strictement financiers, résultant d'une main d'œuvre exploitable et malléable ont seuls compté en face des "coûts sociaux" à long terme de l'immigration, qui n'ont jamais été envisagés par l'État et le patronat. La cupidité immédiate des importateurs de main d'œuvre n'a même pas fait envisager le "manque à gagner" en terme de "non modernisation" provoqué par ce choix économique absurde. Le responsable d'une grande firme me déclarait récemment d'un ton méprisant que sa ville était "encombrée d'immigrés" et que cela le gênait personnellement. Mais après quelques minutes de conversation, il m'avouait en toute bonne conscience que dix ans auparavant, il avait (sic) "prospecté" à l'étranger pour (resic) "importer" de la main d'œuvre, qui fût bon marché. Une telle inconscience s'apparente à un nouvel esclavagisme. Il est frappant de constater que même l'idéologie marxiste, malgré son mépris des diversités culturelles et ethniques, n'a pas osé, comme le libéralisme, utiliser pour son profit le déracinement massif des populations rurales des pays en voie de développement.

Des gouvernements irresponsables et un patronat ignorant les réalités économiques, et dénuée du moindre sens civique et éthique, ont cautionné une pratique néo-esclavagiste dont les conséquences politiques, culturelles, historiques — et même économiques — sont incalculables (précisément) pour les pays d'accueil et surtout pour les peuples fournisseurs de main d'œuvre. Plus soucieux des "affaires" et du "bien-être", les libéraux n'ont pas fait face aux défis les plus élémentaires : crise de l'énergie, crise de l'étalon-dollar, hausse des coûts européens et concurrence catastrophique des pays de l'Est et de l'Extrême-Orient.

Qui s'en préoccupe ? Qui propose une nouvelle stratégie industrielle. Qui envisage la fin de la prospérité déjà amorcée ? La réponse aux défis géants de la fin du siècle n'est possible que contre les pratiques libérales. Seule une optique économique fondée sur les choix d'espace économique européen semi-autarcique, de planification d'une nouvelle politique de substitution énergétique à moyen terme, et d'un retrait du système monétaire international, s'adapterait aux réalités actuelles.

Les dogmes libéraux ou "libertariens" du libre échange, de la division internationale du travail, et de l'équilibre monétaire s'avèrent non seulement économiquement utopiques (et nous sommes prêts à le démontrer techniquement) mais incompatibles surtout avec le choix politique d'un destin autonome pour l'Europe. Comme pour les nouveaux philosophes qui se contentaient de réactualiser Rousseau, il faut prendre conscience de l'imposture de l'opération publicitaire des "nouveaux économistes". Il ne s'agit ni plus, ni moins que d'un retour aux thèses bien connues d'Adam Smith. Mais les nouveaux économistes français (Jenny, Rosa, Fourcans, Lepage) ne sont rien par eux-mêmes et ne font que vulgariser les thèses américaines. Regardons du côté de leurs maîtres.

Partant d'une critique pertinente, il est vrai, du Welfare State (État providence bureaucratique bien que néo-libéral), l'École de Chicago, monétariste et conservatrice, avec Friedmann, Feldstein, Moore, etc... prône un retour à la loi micro-économique du marché, refuse toute contrainte de l'État à l'égard des firmes, retrouvant ainsi l'insouciance des libéraux du XIXe siècle à l'égard du chômage et des questions sociales. Et l'école de Virginie, avec Rothbard, David Friedman, Tullock, etc... se veut "anarcho-capitaliste", partisane de l'éclatement de l'État, et de la réduction totale de la vie sociale et politique à la concurrence et à l'unique recherche du profit marchand.

On pourrait critiquer ces thèses, connues et "réchauffées", du point de vue économique. Mais qu'il suffise de dire, pour nous Européens que, même réalisable et "prospère", un tel programme signifie notre mort définitive en tant que peuples historiques. Les "friedmaniens" et les "libertariens" nous proposent la soumission au système du marché mondial dominé par des lois profitables à la société américaine mais incompatible avec le choix que nous faisons de demeurer des nations politiques, et des peuples évoluant dans leurs histoires spécifiques.

L'économie organique, elle, ne se veut pas une Théorie. Mais une stratégie, correspondant uniquement au choix, dans l'Europe du XXe siècle, de sociétés où le destin politique et l'identité culturelle passent avant la prospérité de l'économie. Subsidiairement, la fonction économique y est pourtant mieux maîtrisée ! Nous réfléchissons, au GRECE, sur cette nouvelle vision de l'économie, à partir des travaux d'Othmar Spann et d'Ernst Wagemann en Allemagne, Johan Akerman en Suède, et François Perroux en France. Wagemann comparait l'économie libérale à un corps sans cerveau, et l'économie marxiste à un cerveau monté sur des échasses. L'économie organique, modèle pratique que nous ne prétendons pas exportable, veut s'adapter à la tradition trifonctionnelle organique des Européens.

Selon les travaux de Bertalanffy sur les systèmes, la fonction économique est envisagé comme organisme partiel de l'organisme général de la Communauté. Selon les secteurs et les conjonctures, la fonction économique peut être planifiée ou agir selon les lois du marché. Adaptable et souple, elle admet le marché et le profit, mais les subordonne à la politique nationale. L'État laisse les entreprises, dans le cadre national, agir selon les contraintes du marché, mais peut, si les circonstances l'exigent, imposer par des moyens non-économiques la politique d'intérêt national.

Les notions irréelles de "macro et micro-économie" cèdent la place à la réalité de "l'économie nationale" ; de même les notions de secteur public et privé perdent leur sens, puisque tout est à la fois "privé" au niveau de la gestion, et "public" au sens de l'orientation politique. Les biens collectifs durables sont préférés à la production de biens individuels obsolescents et énergétiquement coûteux. Les mécanismes et manipulations économiques sont considérés comme peu efficaces pour réguler l'économie par rapport à la recherche psychologique du consensus des producteurs. La notion comptable de surplus et de coût social remplace les concepts critiquables de "rentabilité" et de "profit". Par son choix de centres économiques autoritairement décentralisés, et d'un espace économique européen de grande échelle et semi-autarcique (cas des USA de 1900 à 1975...) l'économie organique peut envisager une puissance d'investissement et d'innovation technique supérieure à ce qu'autorise le système libéral, freiné par les fluctuations monétaires et la concurrence internationale totale, (dogme réductionniste du libre-échangisme selon lequel la concurrence extérieure serait toujours stimulante).

En dernière instance, l'économie organique préfère l'entrepreneur au financier, le travailleur à l'assisté, le politique au bureaucrate, les marchés publics et les investissements collectifs, au difficile marché des consommateurs individuels. Plus que les manipulations monétaires, l'énergie du travail national d'un peuple spécifique nous semble seul capable d'assurer à long terme le dynamisme économique. L'économie organique n'est pas elle-même le but de son propre succès. Mais elle se veut un des moyens d'assurer aux peuples européens le destin, parmi d'autres possibles, de peuples long-vivants.

Pour conclure, il faudrait citer la conclusion que l'économiste Sombart a donné à son traité sur Le Bourgeois, mais nous n'entretiendrons que le passage le plus prophétique : « Dans un système fondé sur l'organisation bureaucratique, où l'esprit d'entreprise aura disparu, le géant devenu aveugle sera condamné à traîner le char de la civilisation démocratique. Peut-être assisterons-nous alors au crépuscule des dieux et l'Or sera-t-il rejeté dans les eaux du Rhin ». François Perroux aussi a écrit qu'il souhaitait la fin du culte de Mammon qui « brille aujourd'hui d'un prodigieux éclat ». Nous avons choisi de contribuer à la fin de ce culte, d'assurer la relève du dernier homme", celui de la civilisation de l'économie, dont le Zarathoustra de Nietzsche disait :

« Amour, création, désir, étoile ?
Qu'est-cela ?
Ainsi demande le dernier homme et il cligne de l'œil.
La terre sera devenue plus exiguë et sur elle sautillera le dernier homme, lui qui amenuise tout.
Nous avons inventé le Bonheur, disent les derniers hommes.
Et ils clignent de l'œil ».

► Communication de Guillaume Faye (alors Secrétaire Études et Recherches), XIIIe Colloque fédéral du GRECE, janvier 1980.

 

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